L'oeuvre
Maria De Buenos
Aires n'est ni un opéra ni un ballet à vrai dire, mais un
théâtre dansé où le tango, sous sa forme la
plus surréaliste et poétique, est roi. Unique opéra
d'Astor Piazzolla, c'est un voyage musical et chorégraphique dans
l'Argentine des années vingt. C'est l'histoire du tango retracée
à travers la vie de Maria : son ascension de la banlieue de Buenos
Aires, son heure de gloire dans les cabarets du centre ville, son épuisement,
son déclin, sa mort et sa renaissance spectaculaire à la
fin de l'opéra.
C'est la rencontre
entre des artistes dont les biographies croisent l'histoire du tango :
Astor Piazolla, auteur relié aux racines de l'Argentine, Horacio
Ferrer, auteur du livret et grand personnage de la vie artistique de Buenos
Aires, et Juan-José Mosalini, bandonéoniste, l'un des représentants
les plus doués de la culture tango contemporaine.
Cette nouvelle
mise en scène est interprétée par des chanteurs et
des acteurs de renommée internationale et de fabuleux danseurs et
musiciens. Maria De Buenos Aires est devenu un spectacle unique, une combinaison
émouvante mêlant drame, musique et danse. Ses tangos passionnels,
sa musique vive et colorée, son dynamisme et sa sensualité
font de cette " operita " une oeuvre hors du commu. Elle a été
donnée pour la première fois en février 2001, à
l'occasion du Festival des Arts de Hong Kong et reprise avec succès
en mai 2002 au Théâtre National de Taipei.
Synopsis
Maria se présente
elle-même : "Je suis Maria... Maria Tango, Maria du Faubourg, Maria
nuit, Maria passion fatale, Maria de l'amour de Buenos Aires, je suis,
moi !".
L'histoire
de Maria de Buenos Aires est jouée dans un bar sombre et enfumé
dans un port d'Argentine. Dans la chaleur, les gens dansent, boivent et
chantent sur des musiques de tango. Maria est un ange tombé des
taudis de Buenos Aires, qui dépérit dans les cabarets et
les maisons closes. Quand elle meurt d'épuisement, elle se retrouve
au royaume des esprits ; un fantôme la trouve sur son chemin et insuffle
une nouvelle vie à son âme errante. Le mouvement passionnant
du tango à la musique colorée et vive transforme ce comte
palpitant en poésie.
Maria représente
le port de Buenos Aires dans toute sa variété, le bon et
le mauvais. Elle meurt, mais elle se réincarne chaque jour à
nouveau. Maria est également une métaphore du tango et représente
un style de vie qui est étroitement lié avec l'origine de
cette danse, cette musique et cette vie dans chaque âme argentine.
L'histoire
s'inspire d'une sorte de légende métropolitaine qui parle
de Maria, ouvrière dans une usine textile de Buenos Aires qui, après
être devenue chanteuse de tango, entre dans une maison close ou elle
meurt encore très jeune; elle sera ensuite enterrée dans
le Buenos Aires des Années Dix et la ville se développera
au-dessus d'elle.
L'ambiguïté
mystérieuse de ce personnage, dont l'existence vit dans l'imaginaire
des habitants de Buenos Aires a mi-chemin entre le songe et la réalité,
offre un point de départ au développement d'une grande métaphore
qui, de fait, l'assimile à la métropole argentine avec ses
violences, ses drames, ses légendes et ses magies.
Dans l'histoire
de Ferrer, l'histoire commence par la première mort de Maria : dans
le Buenos Aires moderne apparaît El Duende, un démon qui,
par jeu, se rend sur la tombe de Maria où est déjà
apparu le béton de la ville et lui rend la vie une deuxième
fois, lui faisant revivre les mêmes évènements terribles
qu'elle avait déjà vécus. Toute une série de
personnages surréels apparaissent dans l'oeuvre, comme le Bandonéon,
autre démon qui séduit Maria et l'attire dans le camp du
mal pour une deuxième fois. Ces personnages sont les figures qui
peuplent les bas-fonds d'une métropole de port typique : putains
et souteneurs, voleurs, ivrognes, assassins.
Ils accompagnent
la protagoniste en conditionnant son existence. Les divers épisodes
se développent à travers des lieux, des cadres d'atmosphère,
des évocations, des états d'âme de la ville : caboulots,
parties de cartes interminables et violentes, longs dimanches a l'italienne,
veilles aguerries de championnats de football enivrants, cour timide de
jeunes garçons sans espoir, viols brutaux, odeurs, saveurs, bruits
d'une ville frémissante de morts et de résurrections.
La métaphore
et le symbolisme sont le sel de toute l'histoire. Le texte de Ferrer a
plusieurs fois recours a l'évocation des symbologies numériques,
mélange le profane et le sacré dans un rite latino-américain
traditionnel, situe de nombreux moments en "Noëls" et "Pâques"
d'une sacralité laïque irrévérencieuse. Certains
personnages sont mêmes étroitement liés a l'histoire
de Buenos Aires dans les années Soixante, comme les psychanalystes
imaginés en armée organisée, tant ils étaient
nombreux et aguerris dans une Argentine en pleine Crise économique
qui produisait nombre de névroses pertes d'identité et désespoir.
Le Bandonéon
qui, avec Maria et El Duende, est le protagoniste de l'oeuvre, représente
l'anthropomorphisation de l'instrument non plus relégué au
rôle de support du tango, mais devenu acteur principal dans la vie
désordonnée de Maria et de Buenos Aires.
Toute l'histoire
se développe autour d'hallucinantes métaphores dans lesquelles
Maria - Buenos Aires surgit d'un enfer grotesque (les égouts de
la ville), s'y enfonce et en émerge a nouveau, alternant le désespoir
de son existence et le triste souvenir de ses origines avec la vision d'un
avenir paradoxal et marqué. Les tristes aventures de Maria sont
enfin sublimées dans un acte de parthénogenèse a travers
lequel elle donne vie, en mourant, à d'infinies répliques
d'elle-même, à l'exemple de la ville de Buenos Aires qui produit
chaque jour d'infinies histoires de vie et de mort.
Note
d'intention du metteur en scène
Rudolf
Werthen
Chaque nuit le tango meurt, avec les putains, les
souteneurs, et tout Buenos Aires. Pour renaître le lendemain dans
toute sa gloire, plein de passion de désir de vie mais aussi de
peur et de tristesse.
La musique
évoque les fantômes, la jalousie et les combats des " gaucho
" et des " portenos ", la perte des amis et des êtres aimés,
la confrontation de la mort et de la résurrection. Quand Maria danse
le tango avec eux, elle se jette dans la perdition, et meurt avec eux.
C'est ce côté
noir de l'homme que je trouve fascinant depuis toujours dans le tango;
la mort dans tous ses aspects hybrides. Au milieu des années 1960,
le Tango Viejo était presque mort. Jusqu'à l'arrivée
de l'Uruguayen Horacio Ferrer, auteur et poète, et sa rencontre
avec Astor Piazzolla. Ensemble ils ont créé un Tango Operita
original, un vrai opéra sur une musique de tango. Ferrer a écrit
un livret riche, dramatique, surréaliste et même parfois cruel,
mettant à la surface quelques douleurs profondes. Piazzolla
a écrit une musique intrigante, pleine de bonheur et de simplicité,
alors qu'une pensée triste règne toujours : " Danser avec
une larme derrière vos yeux ". Ferrer et Piazzola ont été
détesté en tant que fossoyeurs du tango, alors qu'en même
temps ils le laissaient surgir en pleine beauté.
Dans cette
production, j'ai tenté d'évoquer la magie et le désespoir
du tango de la façon la plus précise possible. La mort
est partout, personnifiée par un acteur silencieux, mystérieux
et omniprésent. L'âme tourmentée du peuple recherche
sa sortie par la psychiatrie et la psychanalyse.
Le narrateur
est un vrai Duende, un fantôme qui récite l'histoire de Maria,
et donc du Tango. Dans une transe visionnaire il rencontre même "Les
Masques raillant la Mort" de James Ensor, une de mes peintures favorites,
un étalage de surréalisme belge ainsi que du symbolisme,
deux caractéristiques de l'âme argentine. Le sourire de Maria
devient une grimace désespérée : la mort dans toute
sa gloire. Elle ne trouve une certaine consolation que dans les voix du
passé, dans un bar à Buenos Aires, où elle meurt chaque
nuit tout comme le tango.
Tous ces éléments
m'ont conduit à mettre en scène ce Tango Operita. Le tango
n'est pas mort et à Buenos Aires les putains sont toujours dans
les rues. Les amis se combattent et des familles meurent... La résurrection
doit arriver bientôt.
Juan-José
MOSALINI
Bandonéon
"En France,
le tango a traversé le siècle sans dommage. Il fut d'abord
une danse provocante, sensuelle, puis passa dans les múurs. Aujourd'hui,
c'est un parfum, une manière de vivre sa latinité."
Juan-José
Mosalini
Né
en 1943 dans une famille italienne d'artisans passionnément musiciens,
Juan-José s'initie au Bandonéon en s'imprégnant grâce
à son père, des traditions de la musique populaire argentine.
Il devient musicien professionnel à 17 ans, obtenant dès
1961 le premier prix d'un concours organisé par la télévision
de Buenos Aires "Nace una estrella".
De 1962
à 1976, Juan-José travaille avec les plus grands orchestres
et solistes d'Argentine. Il compose, arrange, interprète, accompagne.
Il se produit entre autre avec José Basso, Leopoldo Fédérico,
Astor Piazzola, Osvaldo Pugliese, Susana Rinaldi, Edmundo Riviero, Horacio
Salgan. Au cours des mêmes années, il fonde avec le bandéoniste
Daniel Binelli, son premier ensemble "Guardia Nova", qui s'avère
une des expériences les plus riches et les plus originales du tango
d'avant-garde.
En 1977,
il s'installe en France, qu'il choisit comme nouvelle patrie musicale.
Il y retrouve d'autres musiciens argentins avec lesquels il crée
" Tiempo Argentino". Chaleureusement accueilli par la presse, ce groupe
participe à de nombreuses tournées européennes et
se produit sur quelques grandes scènes parisiennes comme le Palais
des Arts ou l'Olympia. Il enregistre un album "Tango Rojo", où l'on
retrouve la pianiste Gustavo Beytelmann, le flûtiste Enzo Gieco et
le guitariste Tomas Gubitsch.
1978
Juan-José Mosalini poursuit ses recherches novatrices en enregistrant
un disque de bandonéon solo. Véritable dialogue entre le
musicien et son instrument, sachant réunir poésie et virtuosité,
cet enregistrement préfacé par Julio Cortazar fait l'unanimité
de la critique et consacre son auteur dans le milieu artistique. A la même
époque, il participe à plusieurs "Grand Echiquier" dont celui
consacré aux "Quilapayun".
1980
Il fonde un nouvel ensemble à l'instrumentation inhabituelle (bandonéon,
piano, basse électrique, percussions), "Canyengue" dont le nom évoque
une onomatopée issue des rythmes de tango.
1982
Création d'un trio avec le pianiste Gustavo Beytelmann et la participation
du contrebassiste Patrice Caratini.
1983
Enregistrement par ce trio d'un album "La Borodona", composé de
tangos et milongas traditionnels réécrits.
1984
Juan-José Mossalini participe au "World Music Meeting" de Baden-Baden
(Allemagne) comme représentant de l'Argentine et enregistre un disque.
1985-1986
Compositions de plusieurs musique de films: "Double Face" de Serge Leroy;
" Le Quatrième Pouvoir" de Serge Leroy ; "Le Génie du Faux"
film en quatre épisodes pour Antenne 2 de Stéphane Kurc.
" Coeur de Marbre" de Stéphane Kurc. Au cours de la même période,
Il entame la rédaction d'une méthode de bandonéon
commandée par le Ministère de la Culture. Il compose pour
le spectacle "Attention Attraction" une musique pour bandonéon et
mezzo-soprano (commande d'Etat). Il effectue avec le trio Mosalini / Beytelmann
/ Caratini une tournée en Uruguay et en Argentine.
1987
Sortie du deuxième album du trio Mosalini / Beytelmann / Caratini
" Imagenes" (Label Bleu). Création mondiale du Concerto pour Bandonéon
et Orchestre d'Harmonie (commande de l'Etat) à l'invitation de l'Addim
de Hautes-Saône. Bandonéon soliste de l'Opéra de Maria
de Buenos Aires de Astor Piazzolla (Tourcoing, Montpelier, Douai).
1988
Juan-José Mosalini entreprend la réalisation d'une " Collection
Bandonéon" à la demande des Editions Henri Lemoine.
1989
Composition avec Enzo Gieco et Atahualpa Yupanqui (poèmes) de la
cantate "La Parole Sacrée" créée le 21 juin au Palais
des Congrès de Nanterre dans le cadre de la commémoration
du Bicentenaire de la Révolution Française.
Octobre 1989,
enregistrement de "Violento" (Label Bleu), troisième album du trio
Mosalini / Beytelmann / Caratini.
1990
Composition d'une oeuvre pour bandonéon, guitare et orchestre à
cordes, créée en mai avec le guitariste Roberto Aussel (commande
du Conservatoire de Juvisy et du Ministère de la Culture).
Sandra
RUMOLINO
Maria
Dans une démarche
pleine de féminité, Sandra Rumolino fait toujours preuve
de modernité grace à un répertoire arrangé
sur mesure qu'elle interpréte avec profondeur et subtilité.Sa
presence scénique et sa passion dévorante nous permet de
redécouvrir le tango, enfin dépourvu de stéréotypes
et de manières apprêtées. Elle dévoile, grâce
à sa voix douce et nuancée toute l'intimité du tango
et du "spleen" argentin, pour nous tracer un chemin imaginaire vers Buenos
Aires, sa ville natale. Sandra Rumolino interprète ces sentiments
et nous raconte dans chaque thème les blessures de la vie et ses
espoirs aussi.
Née
à Buenos Aires en 1960, elle commence à étudier le
chant à l'âge de 9 ans. Ensuite, elle entre au Conservatoire
Municipal de la ville de Buenos Aires.
Arrivée
en France en 1983, elle poursuit ses études de chant et s'intéresse
aussi à la danse et au théâtre. Elle décide
de s'orienter vers la musique populaire de son pays, notamment le tango,
style qui lui permettra de s'épanouir artistiquement et de garder
un lien avec son pays.
En 1987, elle
intègre le groupe Gomina et fait des tournées en France et
en Allemagne.
Parallèlement,
elle participe à de nombreux spectacles autour du tango, et se produit
à Paris, aux fameux "Trottoirs de Buenos-Aires".
En 1994, elle
rencontre le pianiste et compositeur Gustavo Beytelmann avec qui elle travaille
pendant trois ans et enregistre son premier album "Automne" sous sa direction.
Parallèlement
à sa carrière de soliste, elle est l'invitée de différentes
formations de tango, notamment le Trio Esquina de César Stroscio,
le Trio d'Adrien Politi et depuis 1997, du bandonéoniste Juan José
Mosalini pour chanter régulièrement avec son Grand Orchestre
de Tango, en France et à l'étranger. Elle participe également
au spectacle "Fatal Tango" de Jorge Rodriguez.
Tout au long
de sa carrière professionnelle, elle participe régulièrement
à différentes émissions de radio (France Culture,
France Inter, Radio Latina, France Musiques...), de télévision
(Le cercle, du côté de chez Fred, Paris-Première...)
et à de très nombreux festivals de musiques du monde en France
(Radio France et Montpellier, Ris-Orangis, Horas Latinas à Nîmes...)
et à l'étranger (Portugal, Grèce,Angleterre, San Marino,
Allemagne avec Pina Bausch).
De février
à mai 2000, elle participe en tant que chanteuse-comédienne
à la création de "Pas à deux" mise en scène
par Camilla Saraceni au Théâtre de la Bastille, spectacle
repris en 2001 au Théâtre 104 à Bruxelles, et au Théâtre
National de Chaillot. La musique du spectacle fait l'objet d'un enregistrement.
Elle présente également le dernier album avec le Grand Orchestre
de Tango de Juan José Mosalini ou elle est invitée, les 25,
26 et 27 mai au Théâtre National de Chaillot, à Sartrouville.
Elle enregistre
le tango "Malena" pour la bande-son du film "Tangos volés" de E.
di Gregorio avec les comédiens Guy Marchand et Sylvie Testud qui
est sorti en mars 2002.
Elle présente
en avant-première son nouveau répertoire le 15 juin 2002
à l'Auditorium des Halles à Paris dans le cadre de l'événement
"Portraits de Buenos Aires" avec grand succès.
Son dernier
album "Por la vuelta" vient de sortir le 18 novembre 2002.